
La découpe d’un miroir représente une opération technique qui suscite souvent appréhension et questionnements chez les artisans et bricoleurs, même expérimentés. Pourtant, avec une compréhension approfondie des propriétés physiques du verre argenté et une maîtrise des gestes professionnels, cette tâche devient parfaitement réalisable. Le miroir, composé d’une plaque de verre recouverte d’une couche réfléchissante d’argent ou d’aluminium et protégée par un tain métallique, nécessite une approche spécifique qui diffère légèrement de celle du verre ordinaire. Les professionnels du vitrage réalisent quotidiennement ces découpes avec une précision millimétrique, démontrant qu’avec les bons outils et la technique appropriée, vous pouvez obtenir des résultats dignes d’un atelier professionnel.
Outils et équipements professionnels pour la découpe du verre
L’excellence dans la découpe de miroir commence par le choix judicieux des outils. Contrairement aux idées reçues, l’investissement dans un équipement professionnel ne représente pas une dépense superflue, mais bien la garantie d’un travail précis et sécurisé. Les artisans verriers le répètent sans cesse : un outil de qualité médiocre compromet irrémédiablement le résultat final et multiplie les risques de casse.
Coupe-verre à molette carbure de tungstène : choix et caractéristiques techniques
Le coupe-verre constitue l’instrument central de toute opération de découpe. Les modèles équipés d’une molette en carbure de tungstène surpassent largement leurs homologues en acier, offrant une résistance à l’usure jusqu’à 10 fois supérieure. Cette molette, généralement disponible en diamètres variant de 3 à 8 millimètres, doit être choisie selon l’épaisseur du miroir à travailler. Pour des miroirs standards de 4 à 6 millimètres d’épaisseur, une molette de 5 millimètres représente le choix optimal. Les coupe-verres autolubrifiants, dotés d’un réservoir intégré contenant l’huile de coupe, offrent un confort d’utilisation remarquable et garantissent une distribution homogène du lubrifiant tout au long de la découpe.
Règle en aluminium antidérapante et équerre de vitrier professionnelle
La précision du traçage détermine directement la qualité du résultat final. Une règle en aluminium anodisé, d’une longueur minimale de 100 centimètres et d’une épaisseur de 3 millimètres, constitue l’outil de référence. Les modèles dotés d’une semelle en caoutchouc naturel empêchent tout glissement intempestif durant l’opération de coupe. L’équerre de vitrier, avec ses deux branches perpendiculaires graduées, permet de vérifier l’orthogonalité des angles et facilite grandement le positionnement lors des découpes rectangulaires. Les professionnels recommandent des équerres métalliques de 60 centimètres minimum, offrant stabilité et précision millimétrique.
Liquide de coupe spécialisé : huile de coupe versus pétrole lampant
Le liquide de coupe joue un rôle fondamental dans la réussite de l’opération. Il remplit trois fonctions essentielles : lubrification de la molette, refroidissement de la zone de contact et facilitation de la propag
e de la fissure dans la masse du verre. Les huiles de coupe professionnelles, spécialement formulées pour la découpe du miroir, limitent l’oxydation du tain et réduisent l’échauffement, ce qui diminue fortement les risques de casse. Le pétrole lampant, parfois utilisé comme alternative économique, reste acceptable pour un usage occasionnel, mais il est plus volatil, dégage une odeur marquée et peut, à long terme, altérer certains tains fragiles. Pour un travail répété ou des découpes sur des miroirs de grande valeur, privilégiez donc toujours un liquide de coupe dédié, souvent légèrement plus visqueux et parfaitement compatible avec les couches réfléchissantes modernes.
Sur le plan pratique, quelques gouttes de liquide suffisent le long de la ligne de coupe : il ne s’agit pas d’inonder la surface, mais de créer un film continu entre la molette et le verre. Les coupe-verres autolubrifiants simplifient ce dosage, mais vous pouvez tout à fait appliquer l’huile à l’aide d’un pinceau fin ou d’un chiffon non pelucheux. Vous constaterez rapidement la différence : la molette glisse plus facilement, le bruit de grattement devient plus régulier et la ligne de score apparaît plus nette. En réduisant les micro-stress mécaniques, le liquide de coupe permet au miroir de se rompre exactement là où vous l’avez décidé, et non de façon aléatoire.
Pinces à gruger et pinces à détacher pour le détachement précis
Une fois le miroir scoré, le détachement propre ne repose pas uniquement sur la force des mains, mais aussi sur l’utilisation de pinces adaptées. Les pinces à détacher, souvent munies de mors plats et parallèles, sont conçues pour exercer une pression linéaire de part et d’autre de la ligne de coupe. Elles permettent de « forcer » la rupture de façon contrôlée, même sur des miroirs épais ou des coupes longues, là où une simple flexion risquerait d’entraîner une casse imprévisible. Leur ouverture graduée aide à se positionner précisément, ce qui est essentiel pour obtenir un bord régulier.
Les pinces à gruger, quant à elles, jouent un rôle complémentaire dans la découpe de miroir. Dotées de mors légèrement arrondis ou crantés, elles servent à « grignoter » de petites portions de verre résiduelles, notamment dans les angles, le long des courbes ou près des découpes circulaires. Vous pouvez ainsi affiner une forme, ajuster un angle ou corriger une légère erreur de traçage sans devoir recommencer toute la découpe. Utilisées avec patience et par micro-pressions successives, ces pinces réduisent les contraintes mécaniques sur le miroir et limitent la formation d’éclats incontrôlés autour de la zone travaillée.
Protection individuelle : lunettes de sécurité et gants anti-coupure
Travailler le miroir sans équipement de protection revient à manipuler une lame affûtée sans manche : le risque d’accident est permanent. Les lunettes de sécurité, conformes aux normes EN166, protègent vos yeux des micro-éclats susceptibles de se projeter pendant la phase de score ou lors du détachement. Même une simple éclisse de verre invisible à l’œil nu peut provoquer une irritation sévère ou une lésion de la cornée. Il est donc impératif de garder vos lunettes en place du début à la fin de la découpe, y compris durant le nettoyage final de l’atelier.
Les gants anti-coupure complètent ce dispositif de sécurité. Privilégiez des gants de niveau de protection élevé (type EN 388 niveau C ou supérieur), qui combinent résistance à la coupure et bonne dextérité. Des gants trop épais rendent difficile la tenue du coupe-verre et la manipulation du miroir, alors qu’un modèle technique en fibres haute performance (type HPPE ou Kevlar) offre une protection efficace tout en vous laissant « sentir » la pression exercée. Des chaussures fermées, un pantalon long et, idéalement, un tablier épais viennent parfaire cet équipement, surtout si vous travaillez sur de grands miroirs ou en série.
Préparation de la surface et traçage technique du miroir
La réussite d’une découpe de miroir sans le casser se joue avant même le premier passage du coupe-verre. Une préparation rigoureuse de la surface garantit une ligne de score continue et uniforme, condition indispensable pour une rupture nette. En négligeant cette étape, vous multipliez les risques de déviation de la fissure capillaire, de micro-éclats ou de casse brutale. Nous allons donc voir comment nettoyer, mesurer et positionner correctement votre miroir avant d’attaquer la découpe proprement dite.
Nettoyage du tain argenté avec alcool isopropylique
Le miroir se distingue du verre simple par la présence d’un tain argenté au dos, protégé par une ou plusieurs couches de peinture. Si l’on nettoie habituellement la face réfléchissante, la face arrière mérite également une attention particulière avant la découpe. L’alcool isopropylique, appliqué avec un chiffon non pelucheux, permet d’éliminer les résidus gras, poussières et particules métalliques sans attaquer les couches protectrices du tain. Ce nettoyage assure un glissement homogène du miroir sur la table de travail et limite les points de contrainte localisés.
Sur la face à découper, un nettoyage complet au produit vitre ou à l’alcool isopropylique est tout aussi indispensable. La moindre particule dure coincée entre la molette et le verre peut dévier la ligne de score ou provoquer un éclat. Pensez à sécher soigneusement la surface après nettoyage : une légère humidité suffit à fausser le comportement de la molette et à rendre le bruit de coupe trompeur. En bref, plus votre miroir est propre, plus vous pouvez compter sur une réponse mécanique prévisible lors de la rupture.
Techniques de mesure et marquage au crayon gras ou feutre effaçable
Pour couper un miroir au millimètre près, la phase de mesure et de marquage doit être menée comme un travail de métrologie. Utilisez un mètre ruban de qualité ou une règle métallique graduée, et prenez systématiquement vos cotes sur deux axes pour vérifier l’équerrage. Une fois les dimensions validées, reportez-les sur la face verre à l’aide d’un crayon gras spécial verre ou d’un feutre effaçable. Ces outils de marquage adhèrent suffisamment à la surface pour rester visibles pendant la découpe, tout en s’effaçant facilement après coup.
Pourquoi privilégier un crayon gras ou un feutre effaçable plutôt qu’un simple marqueur permanent ? Parce que vous devez pouvoir corriger vos tracés, ajuster une cote ou effacer un repère de référence sans laisser de trace sur la surface réfléchissante. De plus, ces marquages n’interfèrent pas avec l’adhérence du liquide de coupe ni avec le passage de la molette. En travaillant avec des repères clairs et précis, vous réduisez les approximations et augmentez considérablement vos chances d’obtenir un miroir découpé à la bonne dimension du premier coup.
Positionnement sur établi capitonné ou surface de découpe adaptée
Le support de travail est un élément souvent sous-estimé lorsqu’on apprend à couper un miroir sans le casser. Un établi capitonné, recouvert de feutre dense, de moquette fine ou de tapis de découpe spécial verre, offre à la fois stabilité et amorti. Cette surface semi-souple absorbe les micro-irregularités de l’arrière du miroir et répartit mieux les contraintes mécaniques lors du score et de la flexion. À l’inverse, un support dur et irrégulier concentre les efforts sur quelques points, ce qui peut entraîner une rupture inopinée à distance de la ligne de coupe.
Placez toujours le miroir bien à plat, sans porte-à-faux, et assurez-vous que rien ne se trouve coincé en dessous (grain de sable, vis, éclat de verre…). Positionnez-le de façon à avoir une marge de manœuvre confortable autour de la zone à couper : vous devez pouvoir circuler librement, manœuvrer votre coupe-verre sur toute la longueur de la ligne et utiliser vos pinces sans être gêné. Pensez également à l’orientation de la pièce : pour une longue coupe, vous aurez souvent intérêt à vous placer de manière à « tirer » le coupe-verre vers vous plutôt qu’à le pousser, afin de mieux contrôler la pression.
Calcul des tolérances dimensionnelles pour découpe au millimètre
Dans la plupart des projets, couper un miroir « à la cote exacte » n’est pas suffisant : il faut anticiper les jeux de pose, l’épaisseur des joints et les éventuelles irrégularités du support. C’est là qu’intervient la notion de tolérance dimensionnelle. Pour une pose dans un cadre rigide, on prévoit généralement un jeu de 2 à 3 millimètres au total (soit 1 à 1,5 millimètre de chaque côté), permettant au miroir de se dilater légèrement sans contrainte. Pour une niche murale ou un encastrement serré, il est souvent plus prudent d’augmenter cette tolérance à 4 millimètres.
Concrètement, si l’ouverture mesure 800 x 600 millimètres, vous viserez une découpe de miroir à 796 x 596 millimètres pour un montage confortable. Vous devez également tenir compte de la précision de vos outils de mesure et de votre propre marge d’erreur. Les vitriers expérimentés adoptent une règle simple : « mieux vaut un millimètre en moins qu’un dixième en trop ». En procédant de cette manière, vous réduisez les risques de miroir bloqué au montage, qui est une des principales causes de casse lors de la pose.
Méthode de score et détachement du miroir
Une fois le miroir préparé et correctement positionné, vient l’étape clé : la réalisation de la ligne de score, puis le détachement. C’est ici que la technique de coupe professionnelle fait toute la différence entre un bord net et une casse imprévisible. En comprenant le rôle de l’angle, de la pression et de la propagation de la fissure capillaire, vous pouvez reproduire, chez vous, les gestes utilisés en atelier de vitrerie.
Angle d’inclinaison optimal du coupe-verre : 45 degrés par rapport à la surface
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, tenir le coupe-verre parfaitement vertical n’est pas toujours idéal. La plupart des professionnels adoptent un angle d’environ 45 degrés par rapport à la surface du miroir, ce qui permet à la molette de « mordre » le verre avec un appui stable et régulier. À cet angle, la force exercée se répartit mieux entre pression verticale et force d’avancement, créant une micro-fissure continue dans le verre sans écraser la surface.
Visualisez cet angle comme celui d’un stylo que vous utilisez pour écrire : trop droit, il accroche ; trop couché, il glisse sans marquer. Le coupe-verre fonctionne sur le même principe. En vous exerçant sur des chutes de miroir, vous sentirez rapidement la position où la molette génère ce petit crissement caractéristique, signe d’un score efficace. Gardez cet angle constant tout au long de la coupe, en veillant à ce que votre poignet suive le mouvement sans à-coups.
Pression constante et vitesse de coupe uniforme pour amorçage linéaire
La pression appliquée sur le coupe-verre est un paramètre crucial pour éviter de casser le miroir. Trop faible, la ligne de score sera incomplète et la fissure ne suivra pas le tracé ; trop forte, vous créerez des éclats et endommagerez la molette. L’objectif est d’atteindre cette pression « juste » qui produit un bruit continu, comparable à celui d’une fermeture éclair que l’on ouvre lentement. Vous devez sentir la molette graver le verre, mais sans résistance excessive.
La vitesse de déplacement doit elle aussi rester régulière. Évitez de vous arrêter en cours de route ou de repasser plusieurs fois au même endroit : une seule passe, franche et continue, suffit. Imaginez que vous « dessinez » la coupe d’un seul geste maîtrisé, depuis le bord d’entrée jusqu’au bord de sortie. En combinant pression constante et vitesse uniforme, vous créez une pré-fissure parfaitement linéaire, prête à guider la rupture sans surprise lors du détachement.
Technique du tapotage dorsal pour propagation de la fissure capillaire
Sur des miroirs épais ou des coupes longues, la simple ligne de score ne suffit pas toujours à initier une rupture nette. C’est là que la technique du tapotage dorsal entre en jeu. À l’aide du manche du coupe-verre ou d’un petit outil adapté, vous tapotez délicatement le dos du miroir, exactement sous la ligne de coupe. Chaque petit choc localisé aide la fissure capillaire à se propager en profondeur dans l’épaisseur du verre, jusqu’à ce que l’on voie apparaître une ligne légèrement blanchâtre suivant le tracé initial.
Le geste doit rester léger et rythmé, un peu comme si vous faisiez vibrer une corde de guitare : pas de coups violents, mais une succession de sollicitations précises. Commencez par une extrémité de la coupe et progressez régulièrement vers l’autre, en contrôlant visuellement la progression de la fissure. Cette étape, bien menée, prépare idéalement le miroir à se détacher sans effort excessif, ce qui réduit considérablement le risque de casse en dehors de la ligne prévue.
Détachement par flexion contrôlée le long de la ligne de score
Une fois la fissure bien amorcée, vient le moment décisif du détachement. Placez la ligne de score exactement au bord de l’établi ou sur un tasseau rectiligne, en veillant à ce que la partie à conserver soit parfaitement soutenue. Avec vos deux mains protégées par des gants, exercez alors une flexion progressive sur la partie à éliminer, en concentrant votre effort au plus près de la ligne de coupe. Le miroir doit « céder » d’un seul coup sec, propre, sans que vous ayez à forcer exagérément.
Sur les petites pièces, vous pouvez aussi utiliser vos pouces de part et d’autre de la ligne de score, en poussant simultanément vers le bas. Pour les coupes plus délicates, les pinces à détacher offriront un contrôle encore plus fin. L’essentiel est de laisser la fissure capillaire faire le travail : si vous devez forcer, c’est que la ligne de score est insuffisante ou que la fissure n’a pas été correctement propagée. Dans ce cas, mieux vaut revenir une étape en arrière plutôt que de risquer de briser l’ensemble du miroir.
Découpe de formes complexes et ouvertures circulaires
Au-delà des simples coupes rectilignes, la découpe de formes complexes dans un miroir permet de réaliser des projets décoratifs ambitieux : miroirs ronds, ovales, polygonaux, ou encore ouvertures pour prises, luminaires et vasques. Ces opérations exigent une maîtrise plus poussée de la technique, mais reposent toujours sur les mêmes principes : score précis, propagation contrôlée et détachement progressif. En procédant par étapes, vous pouvez obtenir des formes sophistiquées sans passer par une machine de découpe industrielle.
Utilisation du compas à ventouse pour tracés courbes et circulaires
Pour réaliser des découpes circulaires ou semi-circulaires, l’outil de référence est le compas à ventouse. Il se compose d’une ventouse centrale, qui se fixe sur la surface du miroir, et d’un bras réglable portant une molette de coupe. En ajustant le rayon sur la graduation du bras, vous pouvez tracer des cercles de diamètre parfaitement contrôlé, par exemple pour un miroir rond décoratif ou pour une découpe d’encastrement autour d’un luminaire mural. La ventouse assure la stabilité de l’axe de rotation, ce qui évite les dérapages classiques des tracés « à main levée ».
La technique consiste à exercer une pression régulière sur la molette tout au long de la rotation, en maintenant une vitesse constante. Il est souvent préférable d’effectuer un tour complet sans s’arrêter, comme si vous dessiniez un cercle au compas sur une feuille de papier. Une fois le score circulaire réalisé, vous pouvez tapoter légèrement au dos du miroir, suivant le tracé, pour amorcer la fissure. Le détachement se fait ensuite par segments, en combinant flexions localisées et grugeage progressif avec une pince adaptée, afin de ne pas forcer sur l’ensemble du cercle en une seule fois.
Technique de découpe en segments pour angles aigus et formes polygonales
Les formes polygonales et les angles aigus dans un miroir présentent un défi particulier : les contraintes se concentrent sur les pointes, augmentant fortement le risque de casse. Pour contourner ce problème, les professionnels privilégient une approche par segments. Plutôt que de chercher à libérer la forme en une seule opération, ils découpent d’abord des segments rectilignes plus longs, qui approchent le contour final par étapes successives. Chaque coupe est pensée comme une facette préparatoire, un peu à la manière d’un tailleur de pierre qui dégrossit un bloc avant de sculpter les détails.
Une fois ces segments principaux détachés, vous obtenez une forme approximative du polygone, avec encore quelques excédents de verre autour des angles. C’est à ce stade que les pinces à gruger entrent en jeu : en venant « mordre » délicatement les parties en surplus, vous affinez progressivement les angles et atteignez la forme exacte recherchée. Cette méthode évite de concentrer trop de contraintes sur un angle aigu, ce qui serait le cas si vous tentiez de réaliser la découpe en une seule et même fracture.
Grugeage progressif pour élimination des zones excédentaires
Le grugeage consiste à enlever de très petites portions de verre, l’une après l’autre, pour ajuster finement une forme de miroir. Ce travail, minutieux mais très efficace, se fait toujours après les grandes coupes rectilignes ou circulaires. En positionnant les mors de la pince à gruger au plus près de la zone à éliminer, vous exercez une pression brève et contrôlée, qui fait sauter un éclat de verre limité. Répétée des dizaines de fois, cette opération permet de rattraper un millimètre ici, deux millimètres là, ou de lisser une courbe qui présenterait encore quelques irrégularités.
On peut comparer le grugeage à la taille d’une pièce de bois au ciseau : plutôt que d’enlever un gros copeau au risque de fendre la pièce, vous préférez plusieurs petits coups précis. Sur un miroir, cette approche limite les chocs et répartit mieux les contraintes mécaniques. Une fois la forme finale obtenue, un ponçage ou un meulage léger des chants suffira à rendre les bords sécurisés et esthétiquement propres, prêts à être polis si nécessaire.
Finition des chants et traitement post-découpe
Après une découpe réussie, le miroir présente souvent des bords vifs, parfois légèrement ébréchés. La finition des chants n’est pas seulement un impératif esthétique : elle constitue aussi un enjeu majeur de sécurité et de durabilité. Des arêtes trop tranchantes favorisent les coupures lors de la manipulation et peuvent être à l’origine de fissures ultérieures, surtout si le miroir est soumis à des chocs ou des contraintes. Un traitement soigné des bords permet donc de sécuriser la pièce tout en lui donnant un aspect plus professionnel.
Ponçage au papier abrasif grain 120 puis 220 pour arêtes sécurisées
Le ponçage manuel représente la première étape de finition pour un miroir fraîchement découpé. En utilisant un papier abrasif grain 120, enroulé autour d’une cale en bois ou d’une éponge rigide, vous émoussez d’abord les arêtes les plus vives. Travaillez toujours dans le sens de la longueur du chant, en maintenant le papier légèrement incliné pour arrondir très légèrement l’angle. Quelques passages réguliers suffisent pour transformer une bordure coupante en une arête douce au toucher.
Une fois ce dégrossissage réalisé, passez à un grain plus fin, de l’ordre de 220, pour lisser davantage la surface et éliminer les micro-rayures laissées par le premier ponçage. Cette progression de grain est comparable à celle utilisée en carrosserie ou en ébénisterie : plus on affine, plus le rendu final est propre et homogène. Pensez à dépoussiérer régulièrement la zone de travail pour éviter que les particules abrasives ne se redéposent sur la surface réfléchissante du miroir.
Meulage à la pierre carborundum ou lime diamantée
Pour des finitions plus exigeantes, notamment sur des miroirs épais ou très sollicités (portes coulissantes, miroirs de salle de bain encastrés, etc.), le meulage à la pierre carborundum ou à la lime diamantée constitue une étape supplémentaire très efficace. Ces outils, beaucoup plus durs que le verre, permettent de « sculpter » le chant avec précision, en corrigeant les petits éclats ou irrégularités résiduelles que le ponçage ne suffit pas toujours à effacer. Utilisés à sec ou avec un léger film d’eau, ils offrent un contrôle très fin sur la matière.
Le geste doit rester régulier et sans pression excessive, en effectuant des mouvements longitudinaux ou circulaires selon la forme du bord. Vous pouvez, par exemple, créer un léger chanfrein sur tout le pourtour du miroir pour renforcer sa résistance aux chocs. Là encore, l’analogie avec le travail de la pierre est parlante : le meulage consiste à enlever peu de matière, mais de façon très précise, pour obtenir un chant à la fois sûr et visuellement très propre.
Polissage des bords avec pâte à polir oxyde de cérium
Le polissage vient parachever le traitement des chants lorsque l’on recherche un rendu haut de gamme, proche des finitions industrielles. L’oxyde de cérium, sous forme de pâte ou de poudre à mélanger avec de l’eau, est l’abrasif de référence pour polir le verre et le miroir. Appliqué sur un feutre rotatif ou un tampon manuel, il permet de faire disparaître les micro-rayures et de redonner de la transparence aux bords, qui prennent alors une teinte légèrement verdâtre ou cristalline selon la composition du verre.
Ce polissage n’est pas strictement indispensable pour toutes les applications, surtout si les bords sont cachés dans un cadre ou derrière un joint. Mais pour un miroir apparent, sans encadrement, il apporte une véritable plus-value esthétique et professionnelle. En outre, des chants bien polis présentent moins de points de départ potentiels pour les fissures, ce qui améliore la longévité du miroir, en particulier dans les environnements contraignants comme les salles de bain ou les entrées très fréquentées.
Erreurs techniques courantes et solutions correctives
Malgré une préparation soignée, il arrive que certaines erreurs techniques surviennent lors de la découpe d’un miroir. L’important n’est pas de les éviter à tout prix dès la première tentative, mais de savoir les identifier et de comprendre comment les corriger. C’est en analysant ces défauts que l’on progresse rapidement vers une maîtrise professionnelle de la découpe de miroir sans le casser.
La première erreur fréquente concerne la pression irrégulière sur le coupe-verre. Si la ligne de score est plus marquée par endroits et quasi invisible à d’autres, la fissure capillaire risque de changer de trajectoire au moment du détachement. La solution consiste à s’exercer sur des chutes de miroir, en cherchant à obtenir un bruit de coupe uniforme et un score visuellement constant sur toute la longueur. Ajustez également la hauteur de votre plan de travail et la position de votre bras : un bon confort ergonomique aide à maintenir une pression stable.
Une autre erreur classique est de repasser plusieurs fois au même endroit avec le coupe-verre, pensant « améliorer » la coupe. En réalité, chaque passage supplémentaire fragilise la surface, multiplie les micro-fissures anarchiques et augmente fortement le risque de casse. Si la première ligne de score est insuffisante, il vaut mieux recommencer sur un autre bord ou, si c’est possible, légèrement décaler la coupe. De même, vouloir détacher le miroir en forçant brutalement plutôt qu’en combinant tapotage dorsal et flexion progressive est souvent synonyme de bris intempestif.
Les problèmes liés au support de travail sont également fréquents : miroir posé sur une surface dure, présence d’un éclat de verre sous la plaque, ou encore porte-à-faux important sur l’un des côtés. Ces défauts se traduisent par des cassures imprévues, parfois très éloignées de la ligne de coupe. Pour y remédier, vérifiez systématiquement la propreté et la planéité de votre établi, utilisez un tapis capitonné, et ajustez la position du miroir pour éliminer tout porte-à-faux pendant les opérations critiques.
Enfin, une erreur souvent sous-estimée concerne le non-respect des tolérances dimensionnelles. Couper un miroir trop juste, voire légèrement plus grand que l’ouverture prévue, conduit à des contraintes importantes lors de la pose, voire à une casse différée quelques semaines plus tard. Pour corriger ce type de problème, il est parfois possible de reprendre très légèrement les bords au grugeage puis au meulage, mais seulement si l’excès est minime. Dans le doute, mieux vaut accepter de refaire une découpe en respectant cette fois un jeu de pose adapté, plutôt que de forcer sur un miroir sous-dimensionné en termes de tolérance de dilatation.