Le démontage d’une poulie grippée sur un arbre moteur représente l’un des défis techniques les plus frustrants auxquels vous pouvez être confronté lors de la réparation ou de la maintenance d’équipements industriels. L’oxydation progressive, l’exposition à l’humidité et les contraintes mécaniques créent une véritable soudure passive entre les deux pièces métalliques. Cette situation, loin d’être exceptionnelle, concerne près de 60% des interventions sur des moteurs électriques ayant plus de cinq ans de service. La corrosion galvanique entre l’acier de l’arbre et la fonte ou l’aluminium de la poulie intensifie ce phénomène de grippage, rendant l’extraction particulièrement délicate. Sans la méthodologie appropriée et les outils adaptés, vous risquez d’endommager irrémédiablement l’arbre moteur, de fissurer la poulie ou même de déformer les roulements adjacents, compromettant ainsi l’intégrité mécanique de l’ensemble.

Diagnostic préalable : identifier le type de blocage de la poulie sur l’arbre moteur

Avant toute tentative d’extraction, vous devez réaliser un diagnostic méthodique pour identifier précisément la nature du blocage. Cette étape préliminaire conditionne directement le choix de la technique d’intervention et des outils nécessaires. Une évaluation incorrecte peut entraîner des heures de travail inutile et potentiellement causer des dommages irréversibles aux composants mécaniques. L’expertise du technicien se manifeste justement dans cette capacité à anticiper les difficultés et à adapter sa stratégie en conséquence.

Corrosion et oxydation de l’ajustement serré entre poulie et arbre

L’oxydation constitue la cause principale de grippage dans environ 75% des cas rencontrés sur le terrain. Le phénomène commence par une légère pellicule d’oxyde qui se développe à l’interface entre l’arbre et l’alésage de la poulie. Avec le temps, cette couche peut atteindre plusieurs dixièmes de millimètre d’épaisseur, créant un ajustement forcé bien supérieur aux spécifications d’origine. Les vibrations du moteur en fonctionnement agissent comme un marteau microscopique, compactant progressivement cette couche d’oxyde et augmentant la force de serrage. Vous pouvez identifier ce type de blocage par la présence de traces de rouille visible sur les bords de la poulie ou autour de la clavette.

Grippage par rouille due à l’exposition aux fluides moteur

Les moteurs travaillant en environnement extérieur ou dans des atmosphères humides subissent une corrosion accélérée. L’eau de pluie, la condensation ou les projections de liquides industriels s’infiltrent dans le minuscule espace entre l’arbre et la poulie, créant des conditions idéales pour la formation de rouille. Dans les installations agroalimentaires, les nettoyages à haute pression génèrent cette problématique de manière systématique. Le grippage par rouille se manifeste généralement par une couleur brunâtre caractéristique et une surface granuleuse au toucher. Ce type de blocage nécessite impérativement un traitement chimique préalable avant toute tentative mécanique d’extraction.

Déformation mécanique de l’alésage de la poulie

Les chocs mécaniques lors du montage initial ou les tentatives précédentes de démontage peuvent provoquer une déformation de l’alésage de la poulie. L’utilisation d’un marteau directement

directement sur la poulie, sans interposition de bague ou de tube, provoque souvent un écrasement localisé du matériau. L’alésage n’est alors plus parfaitement cylindrique mais légèrement ovoïde, ce qui augmente considérablement l’effort nécessaire au démontage. Vous reconnaîtrez ce scénario à la difficulté anormale rencontrée dès les premiers millimètres de déplacement de la poulie, même après dégrippage chimique et chauffage. Dans certains cas, des microfissures radiales apparaissent autour de la clavette, signe que la poulie a déjà subi un serrage ou un choc excessif et qu’il faudra redoubler de prudence pour préserver l’arbre moteur.

Contamination par résidus de joints et huiles carbonisées

Sur les moteurs thermiques comme sur certains moteurs électriques en environnement huileux, la poulie peut être littéralement collée à l’arbre par des résidus de joints, de pâte à joint ou d’huiles carbonisées. Avec la chaleur et le temps, ces résidus se comportent comme une colle époxy, remplissant les jeux fonctionnels et bloquant tout mouvement relatif. Vous observerez alors un dépôt noirâtre, collant ou durci, parfois brillant, autour du moyeu de poulie et de la clavette. Ce type de blocage ne relève pas uniquement de la corrosion : il nécessite un décapage chimique ou mécanique ciblé avant d’envisager l’utilisation d’un extracteur de poulie, sous peine d’augmenter les contraintes sur l’arbre.

Dans ces situations, l’utilisation d’un simple dégrippant est souvent insuffisante pour démonter une poulie coincée sur un arbre moteur. Il peut être pertinent de combiner un solvant adapté (nettoyant freins, décapant pour joints) avec un brossage mécanique à la brosse métallique ou à la laine d’acier. Vous devez également vérifier l’absence de coulures de frein-filet haute résistance sur la vis centrale ou sur l’arbre lui-même, car ces produits supportent des températures élevées et peuvent simuler un grippage mécanique. En identifiant correctement cette contamination, vous évitez de forcer inutilement et vous augmentez significativement vos chances de conserver une poulie réutilisable.

Outils spécialisés indispensables pour l’extraction de poulie grippée

Une fois le diagnostic réalisé, la réussite du démontage d’une poulie grippée repose largement sur la qualité et l’adéquation des outils utilisés. Essayer de démonter une poulie coincée sur un arbre moteur avec des moyens de fortune revient à vouloir dévisser une vis cassée avec un simple tournevis : vous risquez surtout d’aggraver la situation. Dans l’industrie, plus de 80% des extractions de poulies sur moteurs électriques et thermiques sont réalisées avec un extracteur mécanique ou hydraulique adapté. Nous allons passer en revue les principaux équipements indispensables et leur champ d’application, afin que vous puissiez constituer progressivement un jeu d’outils fiable pour vos interventions.

Extracteur mécanique à griffes à deux ou trois branches

L’extracteur mécanique à griffes représente l’outil de base pour démonter une poulie récalcitrante. Composé de deux ou trois branches articulées autour d’une vis centrale, il permet de transformer un couple de serrage modéré en un effort axial important, parfaitement aligné avec l’arbre moteur. Le choix entre un modèle à deux ou trois griffes dépend de la géométrie de la poulie : trois griffes offrent une meilleure répartition des efforts et réduisent le risque de déformation, notamment sur les poulies en aluminium ou à joues fines. À l’inverse, un extracteur à deux griffes peut mieux se loger dans des espaces encombrés.

Pour optimiser l’extraction de la poulie, vous devez toujours positionner les griffes sur l’arrière du moyeu ou sur une surface plane suffisamment rigide, jamais dans les gorges de courroie. Une erreur fréquente consiste à serrer excessivement la vis centrale d’un seul côté, sans vérifier l’alignement de l’ensemble avec l’axe de l’arbre : cela crée des efforts de flexion qui peuvent voiler la poulie ou tordre l’arbre. Privilégiez des extracteurs de marque reconnue, avec des vis en acier trempé et des griffes réglables en profondeur. Un lubrifiant adapté sur le filetage de la vis centrale réduit fortement le couple nécessaire et améliore la durée de vie de l’outil.

Extracteur hydraulique et presse d’atelier pour poulies récalcitrantes

Lorsque l’extracteur mécanique atteint ses limites, notamment face à une poulie fortement oxydée ou de grand diamètre, l’extracteur hydraulique devient votre meilleur allié. Ce type d’outil intègre un vérin hydraulique générant des efforts de plusieurs tonnes, tout en conservant un contrôle précis de l’alignement et de la progression. Il est particulièrement indiqué pour démonter des poulies de vilebrequin, de gros moteurs électriques ou des poulies de compresseurs industriels. Contrairement à un serrage manuel, la force est appliquée de manière progressive et homogène, ce qui limite les risques de rupture brutale.

La presse d’atelier, qu’elle soit mécanique ou hydraulique, constitue une autre solution pour extraire une poulie coincée sur un arbre moteur lorsque le rotor est démonté. En appuyant sur l’arbre plutôt que sur la poulie, vous exploitez la géométrie de l’ensemble pour pousser la poulie hors de son alésage. Toutefois, cette méthode exige une maîtrise parfaite des points d’appui et des calages : un mauvais positionnement peut marquer la flasque, plier le rotor ou écraser les lèvres d’étanchéité. Il est recommandé d’utiliser des vés et des entretoises adaptées, et de contrôler régulièrement que la poulie se déplace sans point dur excessif ni inclinaison anormale.

Clé à chocs pneumatique ou électrique pour desserrage de vis centrale

Sur de nombreuses configurations, la poulie est maintenue par une vis centrale ou un écrou fortement serré, parfois avec du frein-filet haute résistance. Avant même de songer à tirer sur la poulie, vous devez desserrer cet élément de fixation. La clé à chocs pneumatique ou électrique est alors l’outil de choix pour vaincre le couple de serrage sans tordre l’arbre. Grâce à ses impacts rapides et répétés, elle « casse » la tension résiduelle accumulée dans le filetage, un peu comme on débloque un couvercle de bocal coincé avec de petites tapes.

Pour limiter les risques de détérioration, choisissez toujours l’embout de douille parfaitement adapté (six pans de préférence) et assurez-vous que l’arbre est correctement bloqué, soit par un outil de maintien spécifique, soit en immobilisant le rotor dans un étau avec des mordaches adaptées. Évitez de maintenir la poulie elle-même avec un levier improvisé, ce qui pourrait la déformer. Si la vis refuse de venir malgré plusieurs tentatives, l’application localisée de chaleur sur la tête de vis et l’usage d’un produit de déblocage de frein-filet peuvent faire la différence. Ne forcez jamais au point de cisailler la vis : l’extraction d’un moignon cassé dans l’arbre est nettement plus complexe.

Chauffage localisé au chalumeau oxyacétylénique ou inducteur thermique

Le chauffage contrôlé de la poulie constitue l’une des techniques les plus efficaces pour démonter une poulie coincée sur un arbre moteur, surtout en présence de corrosion avancée. Le chalumeau oxyacétylénique permet d’atteindre rapidement des températures élevées, de l’ordre de 300 à 400°C, en concentrant la flamme sur l’alésage ou le moyeu. L’objectif est de provoquer une dilatation différentielle entre la poulie et l’arbre, créant un léger jeu suffisant pour initier le mouvement. Un inducteur thermique, de plus en plus utilisé en maintenance automobile, offre des avantages similaires avec un contrôle plus précis de la zone chauffée et un risque réduit pour les composants voisins.

Vous devez toutefois manier ces outils avec une grande prudence. Un chauffage excessif ou trop prolongé peut détériorer les traitements thermiques, brûler les joints à lèvre, dessécher les graisses ou même endommager l’isolant des enroulements sur un moteur électrique. Il est essentiel de déplacer constamment la flamme pour éviter les points chauds localisés, de surveiller la couleur de la pièce (une poulie en acier ne doit jamais rougir) et de laisser refroidir naturellement après extraction. Dans les zones sensibles, n’hésitez pas à protéger les roulements et les joints avec des écrans thermiques en tôle mince ou en tissu céramique.

Méthodes chimiques de dégrippage avant extraction mécanique

Avant de solliciter fortement un extracteur de poulie, il est souvent judicieux de préparer le terrain par un dégrippage chimique. Les méthodes chimiques ne remplacent pas l’effort mécanique, mais elles réduisent considérablement la force nécessaire pour démonter une poulie coincée sur un arbre moteur. En agissant comme un « lubrifiant intelligent » capable de pénétrer dans les interstices les plus fins, ces produits dissolvent partiellement la rouille, chassent l’humidité et diminuent l’adhérence entre les surfaces. Bien utilisés, ils peuvent transformer une extraction « mission impossible » en opération maîtrisée.

Application de dégrippant WD-40 ou pénétrant CRC 5-56

Les dégrippants de type WD-40, CRC 5-56 ou produits équivalents sont généralement la première ligne de défense contre le grippage par corrosion légère à modérée. Leur formulation associe des solvants à faible tension superficielle, capables de s’infiltrer dans les jeux de l’ajustement, à des additifs lubrifiants et anticorrosion. Pour maximiser leur efficacité, il ne suffit pas de pulvériser grossièrement autour de la poulie : vous devez cibler précisément la zone de contact entre l’arbre et l’alésage, ainsi que la gorge de clavette.

Une astuce consiste à positionner le moteur ou le rotor de manière à ce que le bout d’arbre soit orienté vers le haut, transformant ainsi le moyeu de la poulie en petit réservoir. En remplissant cette cuvette improvisée de dégrippant et en renouvelant l’application toutes les quelques heures, vous favorisez une pénétration en profondeur par capillarité. Sur une poulie très oxydée, cette phase peut durer de 12 à 48 heures, selon l’épaisseur de la rouille. Si vous êtes pressé, alterner de légères sollicitations avec un extracteur et des réapplications de produit permet parfois d’accélérer le processus sans brutaliser les composants.

Utilisation d’acide phosphorique pour dissoudre l’oxydation avancée

Face à une oxydation massive, les dégrippants classiques montrent leurs limites. L’acide phosphorique, utilisé dans de nombreux dérouillants industriels, offre alors une solution plus agressive pour attaquer chimiquement la rouille. En réagissant avec l’oxyde de fer, il le transforme en phosphate de fer, un composé plus stable et moins volumineux, ce qui réduit partiellement le serrage entre poulie et arbre. Cette méthode est particulièrement pertinente lorsque la poulie n’est pas démontable facilement pour un traitement séparé.

Son utilisation nécessite toutefois des précautions strictes. Vous devez protéger toutes les surfaces sensibles environnantes (joints, peintures, isolants, aluminium brut) et travailler avec des gants et lunettes de sécurité. L’application se fait généralement au pinceau ou par injection localisée dans l’interface arbre/poulie, en veillant à éviter toute stagnation prolongée sur les zones non oxydées. Après le temps d’action recommandé par le fabricant, un rinçage soigné et un séchage complet s’imposent avant de passer à l’extraction mécanique. Cette approche, bien que plus longue, peut sauver un arbre moteur qui aurait sinon nécessité une opération de rectification.

Temps de pénétration optimal des solutions dégrippantes

Une question revient souvent sur le terrain : combien de temps faut-il laisser agir un dégrippant avant de tenter de démonter une poulie coincée sur un arbre moteur ? La réponse dépend de la sévérité du grippage, de la température ambiante et du type de produit utilisé. De manière générale, les fabricants recommandent un temps d’action minimum de 10 à 15 minutes pour une corrosion légère, mais les retours d’expérience en maintenance industrielle montrent qu’un trempage de plusieurs heures donne des résultats nettement supérieurs sur des ensembles fortement oxydés.

Vous pouvez adopter une approche progressive et rationnelle. Commencez par une première application avec un temps d’attente de 30 minutes, puis essayez un léger mouvement avec l’extracteur ou de petits chocs contrôlés au maillet sur le moyeu (jamais sur l’arbre). Si la poulie refuse de bouger, renouvelez l’application et laissez agir plusieurs heures, voire toute une nuit. Dans certaines situations extrêmes, notamment sur des moteurs exposés en extérieur pendant des années, un cycle complet sur plusieurs jours, associant dégrippant, légères sollicitations mécaniques et éventuel chauffage, reste la seule solution réaliste pour éviter d’endommager l’arbre.

Techniques d’extraction thermique par dilatation différentielle

La dilatation différentielle est un principe physique simple mais redoutablement efficace pour démonter une poulie coincée sur un arbre moteur. En chauffant la poulie tout en maintenant l’arbre à une température plus basse, vous exploitez la différence de coefficient de dilatation des matériaux pour créer un léger jeu. Imaginez un anneau métallique chauffé autour d’une tige froide : l’anneau se dilate et peut glisser plus facilement. Appliqué à une poulie grippée, ce principe vous permet souvent de vaincre un grippage qui résiste aux seuls produits chimiques.

Chauffage progressif de la poulie au chalumeau propane

Le chalumeau propane ou butane, plus accessible que l’oxyacétylénique, convient parfaitement pour un chauffage progressif et contrôlé de la poulie. L’objectif n’est pas de porter la pièce au rouge, mais d’atteindre une température modérée, généralement comprise entre 100 et 300°C selon le matériau. Vous devez balayer la flamme en mouvement circulaire autour du moyeu, en insistant sur la zone la plus proche de l’alésage, là où se situe l’ajustement serré. Un chauffage trop localisé risquerait de créer des contraintes thermiques internes et de fissurer la poulie.

Pendant cette opération, il est souvent judicieux d’avoir déjà positionné l’extracteur de poulie en légère tension. À mesure que la poulie se dilate, cette tension se traduit par un microdéplacement que vous percevez parfois par un « clic » ou un léger relâchement dans la clé de serrage. Alterner des phases de chauffage et de resserrage progressif de l’extracteur permet de faciliter l’extraction sans recours à des chocs violents. Sur les poulies en aluminium, la montée en température est plus rapide : vous devez donc surveiller attentivement et éviter tout échauffement excessif qui pourrait ramollir le matériau ou altérer les gorges de courroie.

Refroidissement simultané de l’arbre moteur avec spray réfrigérant

Pour accentuer l’effet de dilatation différentielle, vous pouvez combiner chauffage de la poulie et refroidissement de l’arbre moteur. Les sprays réfrigérants, utilisés couramment en électronique et en maintenance mécanique, permettent d’abaisser localement la température de l’arbre de plusieurs dizaines de degrés en quelques secondes. En créant un gradient thermique marqué entre la poulie chaude et l’arbre refroidi, vous augmentez le différentiel de dilatation et donc le jeu momentané entre les deux pièces.

La séquence typique consiste à chauffer progressivement la poulie, puis, juste avant de solliciter l’extracteur, à appliquer le spray réfrigérant sur l’extrémité de l’arbre et autour de la zone de contact visible. Vous devez éviter de projeter le froid directement sur la poulie chauffée, ce qui provoquerait un choc thermique potentiellement destructeur. Cette méthode est particulièrement intéressante quand vous travaillez sur des arbres trempés ou rectifiés de précision, où l’on souhaite absolument éviter tout échauffement excessif pouvant modifier la dureté ou la géométrie.

Précautions thermiques pour éviter la détrempe des roulements adjacents

La principale crainte lors de l’utilisation de la chaleur pour démonter une poulie coincée sur un arbre moteur concerne les roulements adjacents. Un roulement standard commence à perdre ses propriétés mécaniques au-delà de 120 à 150°C, en raison de la dégradation des graisses et de l’altération possible des traitements thermiques des pistes. Si vous chauffez sans précaution, vous risquez de transformer une simple opération de démontage de poulie en remplacement complet du roulement, voire du moteur.

Pour limiter ce risque, plusieurs précautions s’imposent. Tout d’abord, concentrez le chauffage sur le moyeu de la poulie, le plus loin possible du roulement, et utilisez des écrans thermiques (plaque métallique, tissu isolant) entre la poulie et le palier. Vous pouvez également protéger les roulements en les enveloppant dans un chiffon imbibé d’eau ou en les refroidissant régulièrement avec un spray réfrigérant, tout en évitant le contact direct avec les zones fortement chauffées. Enfin, surveillez la température de la carcasse du roulement au toucher ou à l’aide d’un thermomètre infrarouge : si elle devient difficilement supportable à main nue, il est temps de laisser refroidir avant de poursuivre.

Température critique de 200°C pour aluminium et 300°C pour acier

Le respect de seuils thermiques raisonnables est essentiel pour préserver l’intégrité des composants. Pour les poulies en aluminium ou en alliages légers, la température critique à ne pas dépasser se situe autour de 200°C. Au-delà, le matériau commence à perdre une partie de sa résistance mécanique et à se ramollir, ce qui peut déformer les gorges ou le moyeu lors de l’extraction. En pratique, si vous voyez un léger brunissement des résidus d’huile mais aucune coloration rougeoyante du métal, vous restez généralement dans une zone sûre.

Pour les poulies en acier ou en fonte, la marge est plus large, avec une température acceptable pouvant atteindre ponctuellement 300°C sans conséquence majeure, à condition de ne pas maintenir ce niveau trop longtemps. Le métal ne doit jamais rougir : dès l’apparition d’une coloration rouge sombre, vous avez largement dépassé la zone de sécurité, avec un risque de détrempe ou de déformation. L’utilisation d’un thermomètre infrarouge ou de crayons thermiques indicateurs permet de contrôler objectivement la température, plutôt que de se fier uniquement à son ressenti visuel, souvent trompeur en environnement d’atelier.

Protocole d’extraction mécanique avec extracteur à griffes

Une fois la poulie préparée par les actions chimiques et thermiques éventuelles, vient le moment clé : l’extraction mécanique proprement dite à l’aide d’un extracteur à griffes. Pour démonter une poulie coincée sur un arbre moteur sans l’endommager, il est indispensable de suivre un protocole rigoureux plutôt que de serrer « à l’instinct ». Pensez à cette opération comme à une intervention chirurgicale : chaque étape a son importance pour garantir un résultat propre et reproductible.

Commencez par sélectionner un extracteur dont l’ouverture et la profondeur de griffes correspondent à la géométrie de la poulie. Les griffes doivent se positionner fermement derrière le moyeu ou sur une surface plane renforcée, de manière symétrique. Vérifiez ensuite que la pointe de la vis centrale vient s’appuyer exactement au centre de l’arbre, idéalement dans un petit lamage ou un trou de centrage existant. Si nécessaire, réalisez un léger point de centrage avec un foret pour éviter tout risque de ripage lors du serrage.

Le serrage doit être progressif et contrôlé. Au lieu de forcer d’un coup jusqu’à la limite de vos capacités, serrez d’un demi-tour à un tour de clé, puis faites une pause pour observer le comportement de l’ensemble. À ce stade, de petits coups secs au maillet sur la tête de la vis centrale ou sur le moyeu de la poulie (dans l’axe) peuvent aider à rompre l’adhérence de la rouille, à la manière d’une vibration contrôlée. Écoutez les bruits : un craquement sec suivi d’un léger déplacement de la poulie est généralement bon signe, tandis qu’un grincement prolongé ou une déformation visible doit vous inciter à relâcher la pression.

Si la poulie refuse obstinément de bouger malgré un effort important sur l’extracteur, ne persistez pas dans la même configuration. Revenez en arrière : desserrez légèrement, appliquez à nouveau du dégrippant, chauffez modérément le moyeu puis reprenez le cycle de serrage. Vous pouvez également envisager de repositionner les griffes ou de passer à un extracteur de plus grande capacité, voire à un modèle hydraulique si la place le permet. L’erreur la plus fréquente consiste à dépasser le couple admissible de l’extracteur, ce qui provoque la déformation des griffes ou la rupture de la vis, sans pour autant résoudre le blocage de la poulie.

Procédure de nettoyage post-extraction et inspection de l’arbre moteur

Une fois la poulie enfin extraite, l’intervention ne s’arrête pas là. Pour garantir un remontage fiable et éviter de futurs grippages, vous devez procéder à un nettoyage et à une inspection minutieuse de l’arbre moteur et de la poulie. Cette étape est souvent négligée alors qu’elle conditionne directement la durée de vie de l’assemblage et la facilité des démontages ultérieurs. Considérez-la comme le « service après-vente » de votre opération de déblocage.

Commencez par éliminer tous les résidus de rouille, de pâte à joint, de frein-filet et d’huiles carbonisées présents sur l’arbre et dans l’alésage de la poulie. Une toile émeri fine (grain 400 à 600) enroulée autour de l’arbre permet de supprimer les oxydations superficielles sans altérer significativement le diamètre. Sur l’alésage de la poulie, préférez l’utilisation de rouleaux abrasifs montés sur mandrin ou de brosses cylindriques pour respecter la géométrie. Terminez par un nettoyage au solvant (nettoyant freins, alcool isopropylique) pour éliminer toutes les particules abrasives.

L’inspection visuelle et dimensionnelle de l’arbre est ensuite indispensable. Recherchez les traces de matage en bout d’arbre, les rayures profondes, les bavures autour de la gorge de clavette ou toute ovalisation apparente. En cas de bavure, un léger travail à la lime douce ou à la pierre à huile permettra de restaurer un profil propre et d’éviter que la nouvelle poulie ne se bloque prématurément au montage. Si vous disposez d’un micromètre ou d’un palmer, mesurez le diamètre de l’arbre en plusieurs points pour vérifier l’absence de rétreint ou de gonflement dû à des chocs excessifs subis par le passé.

La poulie doit également faire l’objet d’un examen attentif. Contrôlez l’état des gorges (absence de fissures, d’ébréchures ou de déformations), l’intégrité du moyeu et la qualité de la portée d’alésage. Une poulie en aluminium ayant subi un chauffage important ou des efforts d’extraction élevés peut présenter des débuts de fissuration autour de la clavette ou des zones marquées par les griffes de l’extracteur. Dans le doute, mieux vaut remplacer une poulie fragilisée plutôt que de risquer une rupture en service, avec les conséquences que l’on imagine sur une machine en rotation rapide.

Avant le remontage, appliquez un film très léger d’huile fine ou de graisse spécifique sur l’arbre, voire un produit anti-grippant (pâte au cuivre, pâte au nickel) sur les moteurs soumis à des environnements sévères. Veillez à ne pas surcharger, car un excès de lubrifiant peut favoriser le glissement de la poulie ou se projeter sur la courroie. Alignez soigneusement la clavette et présentez la poulie bien perpendiculairement à l’arbre pour éviter tout montage en « crabe ». En respectant ces bonnes pratiques, vous facilitez non seulement le démontage d’une poulie coincée sur un arbre moteur lors d’une prochaine intervention, mais vous améliorez aussi la fiabilité globale de votre installation.